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Parcours formateur : animer un atelier avec le sas

Le sas a été conçu aussi comme un outil pédagogique : montrer concrètement, à des agents territoriaux, ce qui part vers un modèle d'IA, ce qui n'y part pas, et pourquoi « anonymisé » est un mot à manier avec précaution. Ce parcours propose un déroulé d'atelier d'environ 1 h 30, éprouvé en formation par Comptoir des Signaux, à adapter à votre public.

Avant l'atelier

  • Une instance du sas fonctionne sur la machine du formateur (tutoriel d'installation) ; en salle sans GPU, un backend souverain distant fait l'affaire (le propos pédagogique ne change pas : la détection et le vault restent locaux).
  • Le corpus synthétique du dépôt est ouvert dans un éditeur : c'est votre matière. Jamais de document réel en atelier, même « anonymisé à la main » : c'est précisément le réflexe que l'atelier veut déconstruire.
  • Vidéoprojection de deux fenêtres : l'interface du sas (http://127.0.0.1:8787/) et un terminal avec la commande « preuve par le flux » prête à lancer (l'écho ci-dessous, séquence 2). Inutile de projeter les journaux d'Ollama : ils ne montrent jamais le contenu des prompts, seulement leur provenance.

Séquence 1 : le problème (15 min)

Question d'ouverture : « qui a déjà collé un extrait de courrier, de délibération ou de dossier d'usager dans un chat d'IA ? ». Poser le cadre sans culpabiliser : l'outil est utile, le réflexe est compréhensible, le risque est réel (données personnelles chez un tiers, hors de tout cadre).

Montrer un texte du corpus synthétique : NIR, téléphone, email, nom, référence de dossier. Faire lister par la salle ce qui identifie la personne. Les identifiants indirects (fonction rare, petite commune) émergent en général tout seuls : les noter pour la séquence 4.

Séquence 2 : le sas en mode démonstration (25 min)

Basculer l'interface en mode démonstration (bandeau distinct : ce mode affiche les correspondances, il n'est jamais mélangé aux dossiers sérieux). Coller le texte, pseudonymiser, dérouler :

  1. Ce qui a été détecté : types, comptes, surlignage. Faire remarquer la cohérence : « Jean Dupont » puis « M. Dupont » reçoivent le même pseudonyme (coréférence par dossier).
  2. Ce qui part réellement : la zone 2 de l'interface montre le texte qui part vers le modèle. Puis le moment le plus convaincant de l'atelier, la preuve par le flux : demander au modèle de réciter lui-même sa question, ré-identification désactivée. Sa réponse brute ne contient que des placeholders : il n'a jamais vu les valeurs, et c'est lui qui en témoigne, pas une brochure.

    curl -s -X POST http://127.0.0.1:8787/v1/chat/completions \
      -H "Content-Type: application/json" -H "X-Dossier-Id: atelier-echo" \
      -H "X-Reidentify-Response: false" \
      -d '{"model": "mistral-small:24b", "messages": [{"role": "user",
           "content": "Recopie exactement ma question entre guillemets : quel dossier suit Marie Martin (marie.martin@exemple.fr, 06 12 34 56 78) ?"}]}'
    # → "quel dossier suit [PERSONNE_001] ([EMAIL_001], [TELEPHONE_001]) ?"
    
    3. Le retour : la réponse revient ré-identifiée en zone de confiance. Expliquer le vault : la table de correspondance qui ne quitte jamais la machine.

Faire manipuler : chaque participant (ou binôme) colle un texte du corpus, compare détection et attentes. La page Fichiers (côte à côte surligné) fonctionne bien pour ce temps de manipulation.

Séquence 3 : ce que le sas ne promet pas (20 min)

C'est la séquence qui distingue une formation honnête d'une démonstration commerciale. Trois messages :

  1. Aucun détecteur n'est parfait. Montrer les mesures publiées (évaluation NER) : le rappel n'est pas de 100 %, et il est mesuré sur corpus synthétique.
  2. Pseudonymisation n'est pas anonymisation. Le faisceau d'indices ré-identifie : « le maire de la commune de 200 habitants qui... » n'a pas besoin d'un nom. Reprendre les identifiants indirects listés en séquence 1.
  3. L'outil assiste, il ne remplace pas : ni le DPO, ni l'AIPD, ni le registre des traitements. Le responsable de traitement reste responsable.

Si un juge LLM local est configuré, montrer ses signalements d'identifiants indirects (évaluation du juge) : y compris ses manques (5 canaris sur 6 pour le modèle de référence), pour illustrer la revue humaine.

Séquence 4 : et chez vous ? (20 min)

Travail en groupes : chaque groupe prend un cas métier de sa collectivité (sans données réelles : décrire le type de document, pas son contenu) et répond à trois questions :

  • Quels types de données personnelles ce flux contient-il ?
  • Que gagnerait-on à le faire passer par un sas ? Qu'est-ce que le sas ne couvrirait pas ?
  • Qui décide (DPO, DSI, métier) et que faut-il documenter ?

Restitution rapide. Conclure sur la gouvernance : le sas rend le flux vérifiable (tests de non-fuite, journal sans donnée personnelle), ce qui donne au DPO une prise concrète.

Les deux questions qui reviennent à chaque atelier

« Avec une interface de chat branchée sur le sas, dois-je copier-coller pour ré-identifier ? »

Non. Quand l'interface de chat (OpenWebUI par exemple) est branchée sur le sas, toute la boucle est automatique et invisible : le participant tape son texte brut, le sas pseudonymise au passage, le modèle ne voit que des pseudonymes, et le sas ré-identifie la réponse au retour. Ce qui s'affiche dans le chat contient déjà les vraies valeurs. Un seul onglet, zéro copier-coller. La règle à faire retenir :

  • IA branchée sur le sas : tout est automatique.
  • IA ailleurs (chat en ligne non relié au sas) : on passe par la page du sas à la main : pseudonymiser (étapes 1 et 2), coller dans l'IA, rapporter sa réponse (étapes 3 et 4).

Corollaire qui déroute toujours : on ne voit jamais de placeholders dans le chat, et c'est le signe que tout fonctionne. Vu du chat, « le sas marche parfaitement » et « le sas ne fait rien » se ressemblent trait pour trait : d'où l'importance de la preuve par le flux (séquence 2). Variante jouable directement dans le chat : demander au modèle de décrire en toutes lettres, sans les recopier, la forme des noms qu'il voit dans la question ; il répond « des jetons du type PERSONNE suivi d'un numéro, entre crochets ». Mise en garde : s'il recopie un jeton à l'identique, le sas le ré-identifie au passage du retour et la démonstration devient confuse ; l'écho en ligne de commande reste la preuve propre.

Piège classique (vécu, donc à montrer) : coller un texte déjà pseudonymisé dans le chat branché sur le sas. Les placeholders viennent d'un autre dossier : le sas, qui ne les connaît pas, refuse par prudence de ré-identifier la réponse (un placeholder inconnu est bloquant, REQ-006), et la réponse s'affiche avec ses placeholders. C'est un garde-fou, pas une panne : la ré-identification se fait alors sur la page du sas, avec le dossier d'origine. De même, si le modèle abîme un placeholder au point de créer un doute, la ré-identification automatique se bloque et la réponse arrive pseudonymisée : la page du sas sert de rattrapage après relecture.

« À quoi servent les noms factices (surrogates) ? »

Quand le sas trouve « Camille Durand », il a deux masques possibles : le placeholder [PERSONNE_001] (défaut, jeton robotique impossible à confondre avec du vrai texte) ou le surrogate « Camille Roussel » (faux nom inventé, cohérent en genre, qui laisse un texte naturel). Dans les deux cas le vault sait ce qui se cache derrière et la ré-identification restitue le vrai nom.

L'intérêt du surrogate : un modèle rédige mieux sur « Camille Roussel a rencontré Paul Berger » que sur « [PERSONNE_001] a rencontré [PERSONNE_002] », et il n'abîme pas un nom comme il abîme un jeton. La contrepartie (affichée « intégrité réduite » dans l'interface) : si le modèle écrit « Mme Roussel », le sas ne peut pas le rattraper, ce bout de texte garde le faux nom ; un placeholder altéré, lui, reste reconnaissable et se rattrape. Ce n'est jamais une fuite (le nom est inventé), c'est une ré-identification incomplète. Message d'atelier : placeholders par défaut, surrogates quand la qualité rédactionnelle prime.

Points de vigilance pour le formateur

  • Modes démo et sérieux : la séparation est stricte par conception. Un dossier utilisé en démonstration est refusé en mode sérieux (REQ-007) ; ne « recyclez » pas vos dossiers d'atelier.
  • Vault en mémoire par défaut : après un redémarrage de l'instance d'atelier, les pseudonymes émis avant ne sont plus ré-identifiables. C'est une bonne surprise pédagogique si elle est voulue, une mauvaise sinon.
  • Ne jurez que par la mesure : si l'on vous demande « ça détecte tout ? », la seule réponse honnête est la page d'évaluation publiée.
  • Restez sur le corpus synthétique. Si un participant veut essayer avec « un vrai exemple, juste pour voir » : c'est l'occasion de rappeler pourquoi non, et c'est le cœur du sujet de l'atelier.